27/03/2019

Sciences de la vie : l’ingénierie au féminin ?

Biologie, cosmétique, pharmacie, les sciences de la vie sont aussi un secteur industriel dans lequel opèrent nombre d’ingénieurs pour fabriquer, packager et contrôler la qualité des produits. Ici les femmes sont sans doute plus représentées que dans d’autres branches industrielles. Et les besoins d’ingénierie sont aussi très variés, comme le démontrent les témoignages de Marie Ballu et Laura Matonog. Si elles sont toutes deux ingénieures consultantes en Belgique, leur profil comme leurs expériences traduisent plus l’étendue des possibles offerts par le secteur que les freins qui subsistent en matière de mixité.

L’une, Marie Ballu, a 30 ans et travaille depuis plus de cinq ans comme ingénieure consultante dans l’usine d’un client chimico-pharmaceutique d’Assystem. « Je travaille en validation. Pour résumer mon travail, l’ingénieur installe la machine en production et moi je vérifie qu’elle réponde bien à nos attentes. Je m’intéresse pour cette mission aux étapes de packaging et au bon fonctionnement des équipements automatisés », confie-t-elle.

De son côté, Laura Matonog a 32 ans et multiplie depuis sept ans les missions chez les prospects pharmaceutiques de BQG au départ, racheté par Assystem depuis un an et rebaptisé Assystem Care. « Depuis le début de l’année, je suis project manager pour la fabrication des lots de phase 3 d’un produit et sa mise sur le marché. Je suis en charge de la finalisation du process de fabrication, depuis l’identification d’un site de fabrication en externe jusqu’à la mise en production et la sortie des lots pour pouvoir traiter les patients », explique-t-elle.

Si toutes deux œuvrent actuellement en Belgique, leurs missions divergent donc. Leurs profils également. C’est un cycle de cinq ans d’études à l’École de Biologie Industrielle de Cergy-Pontoise qui a conduit Marie Ballu au poste qu’elle occupe. « Contrairement à d’autres écoles d’ingénieurs, il y avait environ 70 % de femmes à l’EBI. Car ce qui a trait à la biologie attire davantage les profils féminins. Mais j’ai opté pour une spécialité un peu plus masculine, à savoir les procédés et la production. J’ai toujours eu un goût très prononcé pour les sciences et j’aimais beaucoup les calculs. Cela correspondait donc plus à ma personnalité et à mes envies que les spécialités marketing ou qualité », raconte encore Marie.

Son métier d’ingénieure et consultante en pharmacie Laura Matonog l’a appris dans deux pays : en France et au Canada. « Je suis en fait docteur en pharmacie. C’est mon diplôme français. Et je suis ingénieure en génie des procédés spécialisée en bio-pharmaceutique, et là c’est un diplôme canadien », précise-t-elle. Un bagage qui lui permet de travailler à l’échelle internationale et lui donnera l’opportunité d’exercer ses talents du côté de la stratégie marketing comme du côté industriel.

Comme Marie Ballu, elle souligne la grande proportion de femmes durant ses études. « En fac de pharma c’était 60 % d’étudiantes. Et au Canada, l’un des pays les plus égalitaire au monde, les effectifs sont bien répartis. Quant au corps professoral ou aux ingénieurs avec lesquels nous sommes conduits à interagir, ils ne font aucune différence. J’étais en génie des procédés et ils attendaient autant des hommes que des femmes », se souvient Laura.

Mixité : quelle réalité au quotidien ?

La question de la mixité se pose davantage en matière de regard porté sur la femme ingénieure dans ce domaine et surtout dans une usine, estime Marie : « Au début de mon activité, mes amis garçons, qui travaillent plutôt dans le commerce et la finance, ont eu du mal à comprendre ce que je faisais et surtout pourquoi je le faisais. Pour eux, j’étais une femme ingénieure dans une usine, vérifiant des équipements à l’aide d’une clé à molette et d’un tournevis ! Et ce n’était pas du tout ce qu’ils considéraient être pour une femme. C’était un peu vieille école et surtout bien loin de mon job au quotidien. Je n’ai jamais touché de clé à molette dans mon travail ! Maintenant ils se sont habitués mais leur surprise et leur incompréhension de départ montrent en effet que certains stéréotypes ont la vie dure ».

Également dans son quotidien de travail, il n’est pas rare qu’elle entende quelques remarques déplacées. « J’évolue dans un milieu ouvrier et au contact de nombreux hommes. Donc la plupart du temps je ne relève pas. Je montre que cela ne m’atteint pas. Mais mettre des jupes ou se maquiller, c’est vouloir attirer l’attention. Après ce n’est pas méchant et cela ne m’empêche pas de me sentir épanouie. J’ai été élevée avec trois petits frères à la maison ! », poursuit Marie Ballu.

Dans sa réalité, Laura Matonog, elle, n’a jamais été confrontée à des commentaires un peu machistes ou autres sous-entendus. Elle est même souvent amenée à travailler entourée de femmes en position décisionnaire. La seule chose, remarque-t-elle, « c’est de prendre garde à bien faire monter en compétences les femmes dans des rôles de managers » là où souvent encore les hommes sont choisis.

Quoiqu’il en soit les deux ingénieures consultantes estiment que les compétences d’ingénierie demandées par le secteur des sciences de la vie sont à la portée de tous. « Je conseillerais surtout aux jeunes femmes qui débutent leur carrière de savoir se donner de la visibilité, d’oser mettre en avant leurs réussites. Sans oublier bien sûr d’être solides dans leurs connaissances, car l’industrie pharmaceutique, comme l’industrie nucléaire, est très normée et demande une grande rigueur », considère Laura Matonog.

« Finalement, au quotidien, on s’aperçoit que les femmes ont des compétences que les hommes n’ont pas et inversement. Et cet équilibre est justement très intéressant pour mener à bien un projet, avance Marie Ballu. Le fait qu’on ne réfléchisse pas de la même manière avec les mêmes angles de vue, les mêmes priorités ou autre, permet d’aboutir à une solution plus pertinente ou au moins à une discussion qui fasse vraiment avancer les choses ».

En tous cas, pour elle, opposer ingénieur et ingénieure ne sert la cause de personne. Et sa crainte est qu’en organisant des regroupements ou des événements entre femmes pour porter le combat de l’égalité et de la mixité, on n’aboutisse qu’à exclure les hommes. « C’est vrai qu’ils sont censés redonner confiance aux femmes mais ne pas y convier les hommes c’est les empêcher de pouvoir vraiment comprendre comment on ressent les choses dans notre quotidien professionnel. Et c’est parfois laisser penser que les femmes seraient supérieures. Or les droits des femmes doivent être respectés, oui, mais tout comme l’égalité des Hommes ».

Assystem
Publié par :
Assystem
Signé par Marie Ballu, Ingénieure Validation et Laura Matonog, Consultante Pharmaceutique chez Assystem Care

Assystem

Cet article contribue au dossier :

Les femmes dans l'ingénierie

Quelque chose à dire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous utilisez detecting.. comme navigateur. S'il vous plait mettez à jour votre navigateur, utilisez Google Chrome ou Mozilla Firefox pour améliorer votre expérience de navigation.

X